samedi 10 novembre 2012

Robert Pattinson, 'Un Homme Un Vrai' dans la Magazine Grazia de Nov / Robert Pattinson 'A Real Man' in Grazia Magazine (France)


Transcription Grazia (sortie en France le jeudi 8 novembre):

Robert Pattinson, Un Homme, un vrai
Éternel jeune premier, nouvelle coqueluche du cinéma d'auteur, saint patron des hommes bafoués: la star de Twilight collectionne les étiquettes. Mais à la veille de la sortie du dernier épisode de la saga, on le découvre surtout capable d'écraser les clichés. Rencontre. 

Environ 12 ans. C'est l'âge qu'on donnerait à ce garçon au sourire mutin, casquette de base-ball vissée sur la tête, sweat-shirt informe et jean à la coupe, disons, approximative. Non, vraiment, pas le genre de garçon capable de déclencher une sécrétion massive d'hormones du désir. Pourtant, Robert, car c'est son nom, est beau, d'une beauté taillée pour faire chavirer les cœurs des très jeunes filles, ce que nous ne sommes de toute évidence plus. De toute façon, Robert - fait rare pour un acteur - n'est pas dans la séduction. Et, autre étrangeté compte tenu de son statut de tête d'affiche de la franchise la plus rentable de la décennie: il reçoit seul. Dans cette suite d'un hôtel de luxe de Beverly Hills où, sur un écran, tournent en boucle les images d'un Pattinson livide volant avec des loups-garous au travers d'un truc en feu (forêt ? Camion-citerne ?), il n'y a ni attaché de presse, ni agent, ni assistant. Juste lui, et sa cigarette électronique, qu'il fume tranquillement en vantant les mérites de la vapeur d'eau. Apparemment donc, Robert prend soin de sa santé, il a décidé d'arrêter la nicotine, le goudron, et Twilight. Ce jour-là, en effet, c'est la dernière fois qu'il doit parler vampirologie pour assurer la promo de la saga auprès des journalistes. Révélation 2ème partie, cinquième et dernier épisode d'une série qui a rapporté, depuis 2008, 2,4 milliards de dollars, sera en salle le 14 novembre, et ensuite, Robert pourra enfin reprendre une activité normale, loin des loups-garous, des trucs en feu, des paparazzis, et des très jeunes filles. C'est en tout cas ce qu'il pensait lorsque que nous l'avons rencontré fin juillet, exactement huit jours avant qu'éclate "le scandale", soit une série de photos de sa petite amie vampire, Kristen Stewart, surprise en position fort inconfortable avec le réalisateur Rupert Sanders, de vingt ans son aîné. Soyons rationnels: c'est ce qu'on appelle une humiliation publique. Mais on en est persuadé, "le scandale" glissera sur lui comme sur les plumes d'un canard. La preuve par quatre.

Il a de la ressource.
Gueule d'ange riche à millions, Pattinson, 26 ans, est béni des dieux hollywoodiens. Mais dès sa première apparition dans Twilight en 2008, on lui prédit un avenir d'étoile filante, de celles qui disparaissent dans le néant du spectacle avec l'entrée dans l'âge adulte. Alors, Robert souffre. De ne pas être reconnu par ses pairs. De devoir faire semblant de voler dans des films qu'il ne cautionne plus. En avril 2011, alors qu'il tourne les deux derniers épisodes de la saga en Louisiane, il se confie à une journaliste de Vanity Fair: "Je n'ai plus de mémoire, je ne peux plus écrire, je passe mes journées enfermé dans ma loge devant la télé, et je n'arrive même plus à trouver la force de changer de chaîne." Les plus informés d'entre nous auront reconnu les symptômes de la dépression. Robert a alors l'estime de soi dans les chaussettes, mais il tient bon et refuse les projets qu'on lui propose: "C'était très dur, nous dit-il en tirant sur sa cigarette électronique. Je voyais tous les acteurs de Twilight devenir énormes pendant que moi, je ne faisais rien. Parfois, je me disais: allez Rob, fais un autre blockbuster, une comédie bien débile..." Il n'a finalement pas plié, et il a eu raison. Car un jour, Pattinson reçoit l'appel de David Cronenberg, qui lui propose le rôle principal de Cosmopolis. Depuis il est l'enfant chéri du cinéma indépendant, prépare un film avec Werner Herzog et s'apprête à tourner en Irak avec le Français Jean-Stéphane Sauvaire. Robert voulait la reconnaissance. Il l'a eue. Normal: Robert sait être patient. (...)



Il a un cerveau. 
Il ne boit pas, ne se drogue pas, ne sort pas: Robert a la vie poussièreuse d'une vieille bibliothécaire. Il lit, beaucoup, Marton Amis, David Foster Wallace, mais aussi Houellebecq, qu'il idolâtre: "La dernière fois que je suis venu en France, il m'a proposé d'aller boire un café..." Robert rougit et lève les yeux au ciel avant d'enchaîner, en émettant un petit rire complètement adorable: "Mais je n'y suis pas allé! J'ai eu la trouille! Je n'avais pas lu La Carte et le Territoire, et je me suis dit sur ce n'était pas correct." Depuis toujours, Robert écrit. Il a même développé un scénario adapté d'un livre de Lillian Hellman, auteur américaine victime du maccarthysme dans les années 50. Ce projet n'a jamais vu le jour, comme les dizaines d'autres scénarios qui dorment dans un de ses tiroirs. Des échecs relatifs que Pattinson envisage avec le recul amusé d'un vieux sage: "J'ai rencontré des producteurs ici, mais rien de ce que j'écris ne pourra jamais être réalisé. Pour les studios, si le concept n'est pas assez simple pour être immédiatement marketé, c'est mort. Du coup, les films les plus distribués en salles ne sont pas les plus exigeants. Et le plus drôle, c'est qu'en tant qu'acteur, vous devez précisément décrocher des rôles dans ces films, pour gagner en popularité. Bref, vous devez apparaître dans des crétineries, ce sont les règles de cette industrie."

Il est humble.
Robert n'a jamais la tête qui tourne. Robert est british, il a l’auto-dérision et la distance critique inscrite dans les gènes, quitte à flirter parfois avec l’auto-flagellation. Catapulté dans un milieu qui n'est pas le sien -papa importe des voitures, maman travaille dans une agence de mannequins- il semble perpétuellement se préparer au pire, à savoir la chute: "Je m'attends à ce que, dans quelques années, les gens me disent: "Oui, je me souviens de toi, mais sinon t'as fait quoi après Twilight ?" C'est quand même flippant, non ?" Et Robert rit, de ce même petit rire à croquer, comme pour écarter le mauvais œil. Pathologiquement anxieux, Pattinson surveille tout et guette avec angoisse les dérapages de son propre ego: "Franchement, parfois, je me sens aspiré dans le grand trou noir des douchebags.... Dans ces moments-là, il faut que je fasse l'effort de me reconnecter avec la réalité. Sinon, ça peut être abyssal." À l'entendre parler, avec une franchise proprement déconcertante, on peine à l'imaginer se laisser un jour happer par le grand cirque des vanités. 

Il est normal.
Quand on lui demande ce que Twilight lui a apporté de plus jouissif à ce jour, Robert propose une réponse surprenante: "Sur le tournage, j'ai découvert le meilleur shawarma (kébab, ndlr) du monde: il est à Vancouver." En voilà une bonne nouvelle. Et sinon, la célébrité? Non, il s'en fiche, et s'en débarrasserait même volontiers. L'argent? "Oui... Mais j'ai un rapport un peu tourmenté à l'argent, je n'aime pas trop dépenser. Je crois que mon achat le plus inconsidéré, c'est un lot de cinquante casquettes de base-ball trouvées sur eBay. Mais dans le paquet, il n'y en qu'une seule qui me plaise vraiment." Robert à les mêmes amis depuis dix ans, qu'il retrouve régulièrement dans deux ou trois bars de Los Angeles, suffisamment insignifiants pour ne pas déclencher des ballets de paparazzis. Pattinson est donc le François Hollande d'Hollywood, un homme qui s'échine à être normal. Peine perdue. Car ce qu'il redoute le plus, la machine à marketer le réel et a transformer les acteurs en produits, est en train de le rattraper malgré lui. Selon la presse US, Kristen et Robert se seraient finalement réconciliés. Une apparition publique serait d'ailleurs programmée pour la première de la suite et fin de Twilight, le 12 novembre, au Nokia Théâtre de L.A. Une happy end sur tapis rouge: les producteurs de la saga pouvaient-ils rêver meilleur coup marketing?

(Merci à Chloé!)

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